Y avoir cru

Je vous rassure tout de suite, bien qu’il semblerait que ce soit la mode, je n’ai pas gertrudé. J’aurais pu y croire, parce que près de 9 mois après la naissance de TED et après 2 mois d’allaitement mixte (et donc avec des interruptions de tétées de plus de 12h), je n’avais toujours pas de retour de couches.

Pour être honnête, en bonne PMette (visiblement, MILK ou pas, on ne perd pas ses bons réflexes), la gertrudade, j’y ai même cru un petit peu. Alors j’ai fait pipi sur un bâton, en allant acheter – sait-on jamais – ledit bâton dans LA pharmacie qui porte bonheur (coucou Miliette, si tu me lis, je sais que tu sais précisément de quoi je parle). Négatif, hein, bien sûr. De toute façon, le seul test pipi qui ait été positif dans ma vie, j’avais 18 ans, j’étais paniquée et… c’était un faux positif.

Bref. Je n’ai pas gertrudé, et finalement, j’ai eu mon RDC  le 11 décembre. 9 mois pile poil après la naissance de TED. Mouahahah. DNLP n’a décidément pas perdu son sens de l’humour.

Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. « Y avoir cru », c’est avoir pensé naïvement que j’étais tirée d’affaire. Dans le dernier billet que j’ai posté… il y a 3 mois (déjà, je sais), je me croyais sauvée. En fait, et certaines s’en sont doutées vu mon silence, qui n’est jamais de bonne augure : la descente aux enfers a continué. Les autres, après une accalmie, ont continué à pourrir nos nuits.

Et surtout… surtout, c’est moi qui suis malade.

Évidemment, le contexte n’aide pas. Avoir des voisins du dessus qui vivent la nuit comme en plein jour, entendre dès 21h (et jusque 5h du matin parfois) des chutes d’objets, des cris, des ruades dans les parties communes, des portes et volets qui claquent… Non clairement, ça n’aide pas.

Mais au bout d’un moment, je me suis demandé si c’était « normal » que ça me rendre dingue à ce point, de cristalliser des insomnies pareilles. Mon mari arrive à se rendormir facilement, lui. Et moi : le cœur qui palpite, la tension à 16/9, des trous de 4 ou 5 heures dans la nuit, l’impossibilité de me rendormir, les crises d’angoisses et les pleurs parce que « put*%£ il est 2h/3h/4h/5h du matin, je ne dors toujours pas et il ne me reste plus que 4h/3h/2h/1h avant que TED ne se réveille » et les journées de maaaarde ensuite, en ayant cumulé plusieurs nuits sans sommeil, et avec ma TED à m’occuper.

Les somnifères ne m’aidaient plus : j’arrivais à m’endormir, mais si par malheur j’étais réveillée (par les autres, oui oui, malgré les boules Qui*s et l’effet du somnifère – ai-je déjà mentionné leur discrétion légendaire ?), c’était pire que tout, j’étais dans un état lamentable. En plein bad trip. Et impossible de me rendormir, je devenais encore plus dingue.

Ensuite, je me suis demandé si je faisais tout ce qu’il fallait pour bien dormir. On a donc commencé à faire chambre à part avec mon mari, histoire de m’assurer le repos (et qu’il puisse dormir aussi, par la même occasion, sans avoir à supporter une hystérique en pleurs qui sanglote dans son lit à 2h du matin). Chambre à part à 36 ans : pathétique, hein ?

J’ai cherché les raisons qui pouvaient me surajouter du stress : ne pas avoir assez marché dans la journée ? avoir eu ma mère – qui m’éneeeeeerve souvent – au téléphone ? ne pas avoir pris ne serait-ce qu’une heure pour moi la journée ? ne pas manger de féculents le soir ? ne pas arrêter les écrans et la lumière bleue 2h avant d’aller dormir ? lire avant de me coucher ? dormir sans chaussette ? (et là, paf, un mythe s’effondre, je sais, toi qui me voyais en princesse blonde sexy. J’assume. De toute façon, je suis brune.).

J’ai pris de la mélatonine, de l’Euphyt*se, de l’homéopathie, du Destr*ss. J’ai fait du yoga, suis allée au hammam, j’ai fait de l’acupuncture. Je crois que j’ai vraiment essayé mille choses.

A la fin, je ne savais plus où j’en étais. Je me suis même demandé si je ne faisais pas une dépression post-partum.

Je suis allée voir une psychologue, conseillée par ma sage femme, puis une autre, celle que je voyais quand j’étais en PMA. J’ai vu aussi un psychiatre spécialiste du sommeil, que Margou m’avait décidée à consulter (merci ma douce).

A chaque fois, on m’a dit « Ce n’est pas un post-partum. Vos habitudes sont bonnes, c’est le stress occasionné par vos voisins, la situation,  le procès en cours qui vous minent. Supprimez les voisins (au sens figuré, hein, il ne s’agit pas – même si l’envie s’en fait réellement sentir parfois – de monter les dézinguer), et tout rentrera dans l’ordre ».

Le psy du sommeil m’a prescrit du Lexom*l à raison d’un 1/4 à 1/2 le soir au coucher. Je me suis refusée à le prendre au départ, mauvais souvenir de dépression, la dépendance, le sevrage… et puis je me suis résignée, parce que j’allais trop mal, parce que ce n’est finalement pas un drame si j’en prends de temps en temps, pour moi, pour TED, pour mon couple.

Je ne prends pas de Lexom*l tous les soirs. Ça dépend de mon état de stress. Je me couche avec 6 Euphyt*se et… je vois. Certains soirs, je m’endors. Certains soir, au bout de 2h à tourner dans mon lit : Lexom*l. Certaines nuits, je ne suis réveillée que 3 fois et je me rendors, seule ou « juste » avec 6 Euphyt*se. Certaines nuits, j’ai un « trou » de 2h et je reprends du Lexom*l.

J’ai compris qu’il fallait peut-être creuser… j’ai demandé un contact à mon acupuncteur (que je vois depuis 6 ans). Il m’a conseillé un psychiatre, un ami à lui, qui ne prenait plus de patients, mais qui a fait une exception. Et là, début janvier, dès la première séance, dans ce cabinet dépouillé au design digne de l’URSS des années 70, avec ce Vieux Monsieur Perspicace, j’ai compris pas mal de choses : les autres ont été un déclencheur. Car ces insomnies ne sont qu’un symptôme. Alors oui, on peut se contenter de traiter le symptôme, prendre des somnifères ou des anxiolytiques, mais si on n’identifie pas LA cause, cette fourbe reparaitra sous une autre forme.

Ce n’est pas un hasard si j’ai commencé à avoir des troubles du sommeil au moment même où je m’apprêtais à devenir mère et l’avenir nous le dira, j’ai le sentiment que ce n’est sans doute pas un hasard non plus si j’ai eu tant de mal à devenir mère. Peut-être pas si inexpliquée que cela, mon infertilité… (non vous ne rêvez pas, au risque de périr brûlée sur le bûcher des PMettes, je suis précisément en train d’accuser le facteur psy dont on nous a si souvent rebattu les oreilles : jetez-moi des cailloux).

Le Vieux Monsieur Perspicace m’a donc aidée à avoir une autre lecture des évènements. Et à bien y regarder objectivement, je crois que mon esprit a déjà traduit ce mal-être à plusieurs reprise par le passé.

Avant-hier, j’ai revu le Vieux Monsieur Perspicace. Et la nuit qui a suivi cette deuxième entrevue, j’ai noirci 3 pages de carnet. J’ai téléphoné ce matin pour prendre un rendez-vous « intermédiaire », pas envie d’attendre 3 semaines. J’ai le sentiment que je vais pouvoir avancer et qu’avec lui, je vais enfin comprendre ce qui se cache tout bas.

J’ai un peu peur de ce que je vais découvrir ; pour avoir commencé à déblayer le terrain avec d’autres psy, je sais qu’il va falloir appuyer là où ça fait mal et au menu il y aura sans doute : ma peur de l’abandon, mon manque d’estime de moi, mon manque de confiance en moi… Miam, quoi d’autre de délicieux encore à découvrir ?

Mais j’ai vraiment envie de comprendre, d’apprendre et de guérir, pour mon couple, pour TED et surtout pour moi.

Vous dire…

fullsizerender1Que je ne vous oublie pas. Que je pense à vous souvent. Que je déplore chaque soir en me couchant de n’avoir eu le temps, entre autres choses, de venir ici, de vous lire, de prendre des nouvelles, de répondre aux mails que vous m’envoyez, de commenter vos articles, de vous suivre régulièrement. Vous qui avez tant compté pour moi, qui avez toujours été là.

Vous dire que même si je suis une piètre copinaute, je n’oublie pas d’où je viens. Jamais. Que j’y pense (souvent) quand je m’énerve (trop) après TED, quand c’est difficile (parfois). Que bizarrement, lorsqu’on est sur le quai, on trouve le temps terriblement long. Et qu’une fois descendue du train avec son bébé dans les bras, il file à toute allure. Ça a beau être d’une banalité affligeante, c’est la simple vérité.

Vous dire que TED va avoir 8 mois et va très bien. Qu’elle me prend littéralement tout mon temps, que m’occuper d’elle à temps plein 5 jours sur 7, c’est un bonheur de chaque instant mais un vrai job, assurément. Que j’ai dû louper une ou deux cases à cocher au labo pour la FIV : j’ai reçu le modèle avec 3 mois de coliques, sérial teteuse et rebelle du dodo par-dessus le marché (mais vous dire aussi qu’elle est trop chou et que donc, je la garde ❤ ).

Vous dire que j’ai pourtant commencé des brouillons d’article que je n’ai jamais pu finir, ni poster, par manque de temps d’abord (j’admire celles qui continuent à avoir une activité blogesque une fois redescendue sur le quai, j’ai juste l’impression d’être nulle de ne pas y arriver) ; par peur de ne pas trouver les mots, ou d’être maladroite, ensuite, parce qu’exténuée et franchement à côté des mes pompes.

Vous dire que je voudrais vous demander pardon (à toi et toi, et toi) si j’ai été naze et que je vous ai blessée par manque de tact, par mon absence ou par négligence. Ou si ce post te blessera ou fera débat. J’essaye de faire de mon mieux pour revenir ici, mais ce n’est certainement pas encore ça…

Vous dire que les premiers mois, j’ai pris une grande grande claque dans la tronche (mawashi geri et bim). La maternité a révélé ce qu’il y avait de meilleur mais aussi de pire en moi. C’est comme si tout était exacerbé. Vous dire que j’ai encore du mal à être ce « nouveau moi » : je n’y étais pas assez préparée et je n’ai pas vraiment eu l’occasion de l’apprivoiser. Je ne suis pas sûre, cette nouvelle version de moi, de l’aimer assez… Mais sois heureuse, bordel. C’est pas si simple en vrai !

Vous dire que j’ai du revoir mon niveau d’exigence à la baisse et me réjouir de simplement réussir à satisfaire mes besoins primaires. Dormir, manger, être propre (et on ne parle pas là du vernis à ongles, non-non, mais d’avoir cheveux + dents lavés). Je n’exagère pas tellement. Pas (seulement) « à cause » de TED-la-vampire-vorace-insomniaque, mais surtout à cause « des autres », ceux qui nous pourrissent la vie, les nuits, la santé et le reste depuis 10 mois. Vous dire que j’ai cru sombrer, devenir folle, un paquet de fois, de nuits entières à entendre, à guetter s’ils n’allaient pas réveiller ma TED, à ne plus pouvoir dormir du tout, pas une seule minute. Que mon corps et mon esprit refusaient de décrocher tellement j’étais fatiguée. Après 8 ans d’attente, les premiers mois de TED auraient du être les plus heureux de ma vie, mais paradoxalement, avec ces insomnies, j’avais juste l’impression de vivre un cauchemar éveillé. Vous dire, c’est malheureux, que ce sont les somnifères qui m’ont sauvée.

Vous dire aussi qu’une poignée de copinautes était là pour un soutien sans faille, que sans ça, sans elles, j’aurais probablement basculé du côté obscur de la force. Impensable, avec mon bonheur dans les bras ? Et pourtant. Heureusement que vous étiez là. Vous dire que je vous remercie du fond du cœur, vous vous reconnaitrez.

Vous dire enfin que je ne cherche pas à vous apitoyer. Que j’ai bien conscience qu’à vos yeux, je n’ai pas d’excuse. Ce sujet est si tabou sur la blogo PMA… A raison. S’autoriser à se plaindre, à se regarder le nombril alors que d’autres galèrent encore ? Comme le dit la pub pour le don de gamète « Acheter 10 kilos de couches par mois, être coupée de ses copines pendant 3 ans… ce serait le plus grand bonheur de Machine et son compagnon ». Je le sais pertinemment. Tout ici explique, mais n’excuse pas. Et tant mieux, car je ne me cherche pas d’excuse.

Vous dire que je ne promets rien, mais que je vais essayer d’aller rattraper un peu mon retard WP bientôt, plus tard ou maintenant…

Vous dire que je vous souhaite sincèrement à toutes le meilleur en attendant ❤

 

Qu’est ce qu’on dit à nos amis en PMA?

Le blog d'une maman de jumeaux !

Parfois je regarde en arrière, je fais la rétrospective de certains moments de ma vie, de certaines épreuves.Ce qui est utile, c’est qu’avec le temps on peut prendre du recul, on peut trouver des réponses qu’on avait pas quand on vivait l’instant, on peut apprendre des épreuves qu’on a traverser, on peut trouver du bon dans la difficulté…
On apprends chaque jour, que ce qui ne nous tue pas, nous rends plus forts.Quand je reviens sur nos années passées en PMA, quand je me retourne pour regarder ces mois à nous battre contre l’infertilité, j’essaie de savoir ce que ça m’a apporté, autre évidemment que ces deux adorables sourires qui me font me lever chaque matin.

J’ai pu apprendre qu’il y a des gens sur qui on peut compter dans les épreuves, j’ai appris qu’ils étaient. J’ai été déçue aussi, c’est vrai. Mais maintenant, je sais…

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Rencontrer TED – épisode 2 [MILK]

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Suite et fin de notre incroyable épopée… Pour l’épisode 1, c’est par ici.

Vendredi 11 mars (<- notez qu’on est un nombre premier !)

[ 3h-5h ] on n’en n’est toujours qu’à un doigt pour Claudine, j’ai droit à un calmant en perfusion, les contractions sont donc moins douloureuses. On décide de retourner dans ma chambre.

[ 5h-7h] mon mari se couche contre mon dos sur mon lit, les contractions se raréfient, je somnole. Ça fait 24h qu’on n’a pas dormi.

[ 7h ] on appelle la salle d’accouchement qui nous dit de venir avec le sac de salle naissance…

[ 7h30 ] la SF de jour, Nathalie, nous accueille et me demande comment je me sens. Je lui dis que moyen, parce que j’ai bien compris qu’on va devoir faire une césarienne. Elle sourit, est adorable, me caresse la joue (parce que je chiale, encore) et me répond que c’est bien que j’aie compris de moi-même, parce qu’elle vient de voir Dr BeauGosse et qu’en effet, il a demandé qu’on me prépare. Elle me donne une blouse. C’est la même que pour les ponctions… (Souvenir souvenir) On remplit les papiers : Nathalie veut connaître le prénom de TED mais on est trop superstitieux… On donne les petits habits à l’auxiliaire de puériculture. L’aide opératoire, qui s’appelle aussi Nathalie, vient blaguer avec moi. Tout le monde a lu notre projet de naissance « ah c’est vous les parents de Cacahuète ? » et l’a trouvé formidable ❤ On passe un moment seuls, mon mari et moi, alors on caresse mon ventre, en parlant à TED et en lui disant qu’il va falloir sortir maintenant, que ce n’était pas vraiment ce qu’on voulait pour elle, mais que tout va bien aller, qu’on a hâte de la rencontrer (et je dis à mon mari que si je dois mourir sur la table d’opération, il faut me promettre de ne pas rester seul et de trouver une maman à TED -comment ça je suis angoissée ??-)

[ 8h30 ] Dr BeauGosse passe nous voir [début de la parenthèse fashion] lumineux dans sa chemise orange [fin de la parenthèse fashion]. Il me réexplique tout, répond à nos questions. Il est comme d’habitude : plein d’enthousiasme et d’optimisme. Il regarde sa montre et tape dans le dos de mon mari « dans 1h-1h30, vous serez parents ! ». Je chiale. D’anxiété, d’appréhension, d’impatience…

[ 9h30 ] mon mari a revêtu un super pyjama de bloc et une charlotte, trop sexy, je le prends en photo, on rigole. Je demande à la SF qu’on ne me pose la sonde urinaire qu’après la rachi-anesthésie, si possible (tant qu’à faire hein). Elle va demander à Dr BeauGosse, en lui disant timidement qu’ils ne font pas ça d’ordinaire. On l’entend répondre « On le fait ! On innove ! En plus, c’est vrai, c’est beaucoup plus confortable pour la patiente ! ». Je pars au bloc. Mon mari nous rejoindra quand je serai prête.

[ 9h35 ?] il fait 16C dans ce bloc ! Je suis avec les 2 aides opératoires (Nathalie et une autre, plus âgée et très drôle, les deux ont des yeux bleus) et une étudiante infirmière qui « regarde ». Je n’en mène pas large mais les dames sont super gentilles. On papote. Elles préparent leur matos. Ça compte et ça recompte les compresses (je me retiens de trop regarder le plateau où elle prépare les « ustensiles » depuis que j’ai cru voir une lame de scalpel sous blister 😱 ) On plaisante sur l’anesthésiste du jour, nouveau dans la clinique, il paraît qu’il a de beaux yeux ? Il arrive et effectivement, c’est un jeune et un beau gosse. Il me demande où je cache mon bébé dans ce petit ventre, me sert la main et se présente. Je blague sur ses beaux yeux bleus. Il pique un fard 😂 Dr BeauGosse passe la tête au bloc et me dit qu’on va y aller, je blague sur ce gang de yeux bleus assortis aux blouses, que c’est drôlement joli (PrincessePi aime l’harmonie colorimétrique, tu le sais, et au bloc on ne voit que les yeux !) Dr BeauGosse me dit que c’est fait exprès. On blague sur un éventuel changement de couleur de blouse qui les mettrait bien dans la panade pour le camaïeu de bleus. Je blague sur les charlottes, celle pour les filles, celle pour les garçons. Dr BeauGosse fait remarquer que je suis sa patiente à questions, et que visiblement, même au bloc, ça ne m’empêche pas d’en poser ;). Bon en fait, je papote pour tromper mes angoisses hein. Parce qu’en vrai, j’ai tout le corps qui tremble tout seul tellement ! (mais ça va aller, faut juste que mon mari arrive, bordel ou qu’on me file un verre de rhum) Je fais remarquer à Dr BeauGosse qu’on est le 11 mars, soit 9 mois jour pour jour depuis le transfert, il n’en revient pas « c’était écrit ! ».

L’aide opératoire Nathalie me fait asseoir sur le bord de la table et m’explique comment faire le dos rond. Elle est douce et me prend dans ses bras. On « répète ».

Je caresse mon ventre, TED donne des coups de pieds, je réalise que ce sont les derniers que je sentirai et je lui murmure « à tout de suite ».

L’anesthésiste me dit qu’il va commencer, il fait l’anesthésie locale, ça pique un peu mais rien de méchant. Après il râle que la table est trop basse et qu’il se pète le dos. L’aide opératoire lui remonte la table en lui disant qu’il est « grand dites donc ». Et moi de surenchérir « yeux bleus, grand ET anesthésiste, c’est vraiment un bon parti ! », la plus âgée des aides opératoires me dit que ça ne se fait pas de draguer au bloc, surtout que je suis mariée et toujours enceinte ! (et je me dis aussi avec le recul que j’ai abusé de charrier l’anesthésiste alors qu’il avait mon sort entre ses mains ! Mais je n’étais pas dans mon état normal ;)). Pour accompagner le geste anesthésique, l’aide opératoire Nathalie me murmure des encouragements dans l’oreille, elle me prend dans ses bras, elle est juste formidable.

Même pas 5 secondes après, je ne sens plus mes jambes et on me bascule allongée. Dr BeauGosse entre, je demande pour la 6e fois où est mon mari, et on me dit qu’il va arriver. On pose le champ opératoire, les électrodes… L’anesthésiste me parle, Dr BeauGosse me parle, et on plaisante, tout le monde est prévenant.

Je sens qu’on me badigeonne de betadine mais je ne sens rien, c’est assez bizarre. L’anesthésiste me montre que l’anesthésie est ok en mettant sa main sur ma joue (elle est froide), puis sur mon ventre (je sens le contact mais pas le froid). On doit sûrement me poser aussi la sonde, mais je ne sens rien du tout 🙂

Mon mari est arrivé et est assis à côté de ma tête. Dr BeauGosse demande si on est prêt, si mon mari a son appareil photo. On est prêt. On envoie des pensées à TED.

[ 10h ] Malgré les tentatives de diversions de mon mari, j’entends vaguement Dr BeauGosse présenter les diverses « couches » incisées à l’élève infirmière (OMAGAD). Tout va très vite ensuite, je sens mon corps un peu « chahuté » sur la table, on appuie sur le haut de mon ventre, on entend un cri de bébé, je pleure, on baisse le champ, et je vois TED toute belle, avec son cordon, pratiquement pas de vernix, braillant dans les mains de Dr BeauGosse qui l’essuie « incroyable ce bébé qui criait déjà alors que je ne l’avais pas encore sortie ! », il sourit (ses yeux sourient), il dit qu’elle est magnifique et qu’il avait un peu sous estimé ses dimensions (on saura après : 3,940kg/53cm, coucou Miliette !) Je pleure toujours. Il annonce l’heure de naissance, me demande le prénom. Ensuite je ne me rappelle plus trop, j’ai remercié environ 56 fois Dr BeauGosse et toute l’équipe en chialant, on m’a brièvement posé TED tout contre moi, je lui ai fait un bisou, elle avait un drôle de goût et je lui ai juste dit « Bonjour mon bébé, tu es un miracle » (trop de public pour la féliciter déjà d’être un génie -pour le nombre premier, les 9 mois jour pour jour toussa). Elle est partie avec mon mari (après que je lui somme 112 fois de faire attention qu’on ne nous l’échange pas), Dr BeauGosse m’a dit qu’on allait me la ramener car ça avait été un peu court. Mon mari est revenu. Dr BeauGosse m’a posé TED sur la poitrine et même si ce n’était pas un peau à peau à proprement parler, on a fait connaissance mon mari, TED et moi. Dr BeauGosse a fait 2 vidéos de nous 3 et au moins 10 photos avec mon téléphone, pour que je l’emmène avec moi en salle de réveil <3. Je vous l’ai dit que je l’aime d’amour, Dr BeauGosse ?

[ 10h30 ] j’arrive en salle de réveil, il fait beau, la pièce est baignée de soleil. Je regarde l’heure, on m’a dit 2h avant de remonter en chambre, ça fera 12h30. Je ne fais que pleurer, scruter l’horloge et regarder les photos et les vidéos (sans le son, hein, MILK toute fraîche mais respectueuse des autres patients quand même). Je check l’ascendant de TED sur mon téléphone (gémeaux). L’anesthésiste vient régulièrement voir si j’ai retrouvé les sensations de mes jambes. A 13h00, toujours pas, je commence à paniquer un peu. L’infirmière appelle la maternité pour qu’on dise à mon mari « tout va bien, votre femme est encore là, elle ne sent plus ses jambes » (après coup, il me racontera que ça ne l’avait pas trop trop rassuré, bizarrement ;))

[ 13h30 ] j’arrive enfin à bouger les cuisses et les genoux (mais toujours pas les pieds) ; l’anesthésiste est ravi, il peut finir son sandwich tranquille. On appelle un brancardier pour me ramener en chambre.

[ 13h45 ] j’entends Dr BeauGosse arriver en disant « Mais où elle est, Madame PrincessePi ? », il entre en salle de réveil, magistral (c’est Dr BeauGosse quand même !) et s’approche de moi « qu’est ce que vous faites encore là ? » L’infirmière lui répond que j’ai mis du temps à retrouver la sensibilité de mes jambes et qu’on attend maintenant le brancardier. J’ajoute que j’avais ses vidéos et photos et que ça m’a bien servi. Je lui dis aussi qu’il a été formidable, et je le remercie (toujours en chouinant, évidemment) Il me regarde avec bienveillance, et me fait une caresse sur la tête en souriant. « Allez, je vais la ramener dans sa chambre, moi, je vais la brancarder ! Il faut qu’elle retrouve sa fille ! » Je me marre, il va pas faire ça. L’obstétricien qui brancarde sa patiente en chambre, sérieusement ? Mais oui, nous voilà partis dans les couloirs ! Comme d’habitude il est enthousiaste « J’espère que vous mesurez votre chance Madame PrincessePi, parce que c’est une première et je ne ferais pas ça pour toutes mes patientes! » Je crois que je vais l’épouser 😉

[ 13h50 ] On arrive dans la chambre. TED est là, dans son berceau. Mon mari a l’air un peu paniqué mais heureux. On m’aide à me découvrir, mon mari me pose mon bébé sur le sein. Elle tête, c’est magique. Tout le monde s’éclipse, on reste tous les 3. Elle est là, contre moi, toute chaude, toute calme, toute belle, je n’en reviens pas : après toutes ces épreuves, toutes ces années à ne plus y croire, elle est vraiment là ? Elle me fixe intensément, profondément. Je n’oublierai jamais ce regard-là. Et alors, avec les yeux tous mouillés, je lui murmure tout bas : « je suis ta maman » ❤

 

Voilaaaa, j’ai bien fait ma MILK ?

Je reconnais que j’ai eu de la chance : l’équipe était très prévenante, mon mari a pu y assister et l’intervention en elle-même s’est bien passée (bon la suite, nettement moins, mais c’est une autre histoire qui fera sans doute l’objet d’un nouveau billet MILK).

Surtout : Dr BeauGosse a été formidable et a réussi le tour de force de faire de la césarienne que je redoutais tant, un moment magique et un souvenir merveilleux. Au point que je re-signerais tout de suite pour exactement le même accouchement, c’est dire !

Non et puis, avec 38cm de tour de tête, faut dire que je suis pas trop trop mécontente d’avoir épargné ma moufette 😉

Rencontrer TED – épisode 1 [MILK]

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Une éternité que je ne suis pas venue donner des nouvelles, alors que j’avais dit que je reviendrais vite. Le temps passe à vitesse grand V. TED a déjà 3 4 5 semaines 😱 (j’ai mis un temps fou à finir cet article).

Il semble qu’il y a un genre de tempête sur la blogo en ce moment, donc je préfère prévenir tout de suite : oui ce post  (et le suivant) parlera de PB et même de MILK.

Pour l’instant, j’ai décidé de tagger avec [MILK] les articles qui parleront de TED et de mes (incroyables) aventures MILKesques, comme ça, vous pourrez décider de lire, ou pas (et dans ce cas, je ne vous en voudrai pas, chacun fait comme il peut/veut)

Dans les épisodes précédents : TED avait dépassé le terme et Dr BeauGosse nous avait programmé un déclenchement pour le 10/03 (à 41SA+5/6) et, si le déclenchement ne fonctionnait pas, césarienne le 11/03. En attendant, il m’avait recommandé d’être un peu plus déprimée, sait-on jamais, le pouvoir du psychique sur le corps… Alors j’avais regardé Melody le 9/03 après midi, un film bien gai sur la GPA avec le cancer en toile de fond (voilà voilà), une séance évidemment accompagnée de glace, histoire de tromper l’ennemi. Alors ça, pour chialer, j’avais bien chialé mais…

Jeudi 10 mars 

[ 6h ] toute la nuit j’ai espéré que le miracle de la Nature ait lieu. Mais non, TED ne veut décidément pas sortir d’elle-même. Et moi qui croyais toutes ces années que mon dedans de moi était inhospitalier, qui ai passé toute ma grossesse à angoisser de la prématurité ! Quelle arnaque ! On part donc pour la clinique, avec la valise. J’ai peur et j’ai hâte : je ne sais pas comment mais une chose est sûre, on va rencontrer TED aujourd’hui… ou demain.

[ 7h20 ] on arrive à la maternité, direction la salle d’accouchement, la numéro 2 (un nombre premier ;)), même si j’aurais préféré des licornes à la crinière arc-en-ciel (vous me connaissez), il y a un stickers palmiers+mouettes doré sur le mur vert amande, Damidot a du passer par là. On donne notre projet de naissance. La SF qui va s’occuper de nous aujourd’hui a l’air d’avoir 16 ans 😉 Elle s’appelle F, je la fais répéter, c’est presque comme le prénom choisi pour TED. J’y vois immédiatement un signe : le déclenchement ne peut que marcher !

[ 7h30 ] monito : TED va très bien.

[ 8h ] examen du col (F la SF galère, elle a de bien trop petites mains cette enfant 🙊), toujours long fermé et postérieur, Claudine elle fait vraiment pas d’effort. Dr BeauGosse passe me voir. Je blague avec lui en lui parlant de Melody, il me ré explique tout : col fermé = pas d’ocytocyne pour l’instant, prostaglandine pour maturer le col et ensuite… à voir. SFF me pose le tampon de prostaglandine. Et maintenant, il faut attendre.

[ 8h – 14h ] il ne se passe RIEN. Enfin, il se passe plein de choses, mais rien du côté de TED. On remplit le dossier, mon mari fait les formalités d’admission à l’accueil, Dr BeauGosse repasse nous voir, je fais du ballon, des sangles dans la salle nature, on parle à TED, on fait de l’hapto, on se promène dans tous les services (c’est la journée de sensibilisation au cancer colorectal, y’a des animations trop cool un peu partout dans la clinique, avec des brochettes de fruits frais, mais même à quelques heures de la naissance, j’angoisse toujours trop de la toxo pour m’en approcher) on fait des monitos, je regarde les courbes des monitos de l’autre PB dans la salle 4. J’ai bien des contractions mais non douloureuses (l’autre PB, par contre, elle doit bien douiller !). On achète un sandwich à mon mari, j’ai droit à un plateau repas (haricot vert/poulet grillé) et on mange en tête à tête dans la salle d’accouchement **souvenir mythique**. On va marcher, on sort sur le parvis devant la clinique, Dr BeauGosse nous aperçoit depuis la coursive du bâtiment d’en face « alors ? » Je lui réponds « rien ! », toujours de bonne humeur il me mime que je devrais sauter sur place 😉 moi, je désespère…

[ 14h30 ] je suis en train de faire du ballon en écoutant de la musique zen, mon mari me masse le dos. Et… Bordel ! j’ai enfin des contractions ! J’en pleure, j’ai peur, je suis heureuse, ça marche !

[ 14h30 – 19h ] ça commence à bien piquer dites-moi ces petites contractions toutes les 5-7mn. Les monitos se succèdent. Je fais des belles courbes sur l’écran et de belles marques d’ongles dans les mains de mon mari. TED encaisse super bien. SFF examine Claudine. Je douille ma race parce qu’elle galère, avec ses minuscules doigts, j’ai peur qu’elle ne dégage le tampon de prostaglandine en plus, à trop trifouiller. Elle n’arrête pas de s’excuser et moi je suis à deux doigts (sans mauvais jeu de mot) de lui dire d’aller chercher Dr BeauGosse, lui au moins, pour les examens de col il ne fait pas mal avec ses grandes mains 🙊 ! Heureusement, mon mari est reparti à l’accueil pour récupérer la télécommande de la télé de la chambre (télé qu’on n’allumera que 2 fois en 7 jours ;)) et n’est pas là pour voir ça. Claudine ne dilate pas encore trop (mais F la SF me dit qu’elle n’est pas sûre parce qu’elle a du mal à l’atteindre 🙄). Mon mari revient. On entend une patiente qui accouche dans une salle à coté, Dr BeauGosse qui crie pour l’encourager à pousser. Puis des cris de bébé. Je suis grave émue. La prochaine c’est moi (que je crois !). Je pleure. Dr BeauGosse revient nous voir, il est content que les contractions aient commencé, il me dit que j’ai eu un avant-goût en entendant l’accouchement qu’il vient de faire. Je re-chiale.

[ 19h – 21h ] la SF de garde en salle d’accouchement vient se présenter. Je ne me rappelle même plus son nom et mes souvenirs sont flous. Faut dire que je douille ma race mais cette bitch de Claudine ne veut pas dilater. Je commence à dire à mon mari que ce n’est pourtant que le début, et que je ne vais pas y arriver (oui, PrincessePi n’a pas peur de l’avouer, c’est une petite nature)

[ 21h ] après X monitos (le petit tas de feuilles commence à être bien épais), on est retournés dans ma chambre, en claudiquant (mais j’essaye de rester digne hein), y’a pourtant que quoi, 80 mètres ? de couloirs, entre la salle d’accouchement et ma chambre. On mange nos plateaux repas (enfin moi je cale entre 2 contractions l’engloutissement de ma soupe, et la moitié du risotto de mon mari – faut pas se laisser abattre, surtout qu’il est glutenfree). Je vais faire pipi et quand je me redresse c’est la douche : je crois que je viens de fissurer la poche des eaux ? Je panique pour TED : mon dedans n’est plus stérile, il faut me mettre sous perf d’antibio maintenant, à cause du streptocoque machin. Mon mari appelle la salle d’accouchement. Je prends une douche, tremblante, je me change, et on repart en salle d’accouchement.

[ 21h – 2h ] La SF de garde examine Claudine : un doigt. Whaaaaat ? Tout ça pour seulement un doigt !? Elle confirme la fissure de la poche des eaux, donc antibio en perfusion. Je « perds » le tampon de prostaglandine. Elle me dit que c’est bien parce que maintenant que la poche des eaux est fissurée, les contractions vont sûrement s’intensifier et le col maturer plus vite. Effectivement, les heures qui suivent je douille. Et j’ai des contractions toutes les 3/4 mn. Je souffle, je pense à la lumière dorée. Je pense à Bernadette De Gasquet qui dit dans son bouquin qu’il faut visualiser la fin de la contraction et le « bien-être » qui s’en suivra irrémédiablement pour « tenir » la contraction. Je m’accroche à l’idée que l’accouchement voie basse est proche (ahahah) …

Donner la vie

TED est née vendredi 11 mars à 10h02, 9 mois, jour pour jour, après son transfert ❤

Elle est (en toute objectivité, bien entendu) magnifique. Et, en tant que bébé synthétique, c’est évidemment déjà un génie puisqu’elle s’est débrouillée pour me faire plaisir et naître un jour nombre premier (bon par contre, on repassera pour la voie basse : j’ai eu droit à ma césarienne).

Je n’ai pas pu donner de nouvelles avant, on a eu un passage un peu chaud patate. Mais je reviendrai vite pour vous raconter notre épopée. Nous sortons de la maternité aujourd’hui.

Je mesure à chaque instant la chance inouïe que nous avons de pouvoir serrer notre bébé dans nos bras aujourd’hui. Et je n’oublie pas les copinautes pour autant. Mes pensées vont à toutes les PMettes toujours à quai ❤