Franchir

Voilà, c’est fait.

Hier a eu lieu l’insémination.
On est arrivés à l’hôpital à 8h pour le « recueil », un peu stressés. Nous étions les premiers. On a été reçus par une biologiste cinquantenaire et vraiment gentille, de bonne humeur et drôle. Je crois que c’était ce dont nous avions besoin. Dédramatiser.

Elle nous a fait signer le consentement mutuel, et puis on a discuté de l’insémination en elle-même. Je devais avoir l’air un peu stressée, parce qu’elle m’a tout de suite demandé comment je me sentais. Je lui ai dit que j’étais un peu inquiète, que j’avais peur d’avoir mal…

Elle m’a rassurée, m’a dit que je ne sentirai pratiquement rien. Que certes, cela n’allait pas être agréable parce qu’il y aurait plein de gens avec moi, mais que ce ne seraient que des femmes, et que pour elles, ce serait la routine, donc que je ne devais pas me sentir gênée.

J’ai demandé si mon mari pourrait venir avec moi, elle m’a dit que bien sûr, que je faisais comme je le voulais.

Après il y a eu cet histoire d’utérus antéversé, et elle m’a conseillé de revenir pour l’insémination à 10h, la vessie ni vide, ni pleine, pour faciliter l’introduction du cathéter.

Mon mari est parti pour le « recueil », il ne revenait pas, j’étais inquiète. Dans la salle d’attente, une autre fille, qui avait l’air d’avoir des douleurs abdominales terribles (hyperstimulation ?) avec son mari qui faisait les cent pas « je ne serais jamais à l’heure au boulot ! »

J’ai tricoté mon snood en laine, j’ai attendu en salle d’attente. Mon mari est revenu. On nous a demandé d’être là à 10h.

On a marché dans Marseille, un peu anxieux. On s’est arrêté boire un thé en terrasse, place Notre Dame des Monts.
A 10h on était de retour mais nous avons dû patienter plus de 25 minutes, et du coup, j’avais de nouveau la vessie pleine. La fille qui avait mal au ventre était encore là, mais avec sa mère cette fois. Une autre biologiste nous a reçu, et remis les résultats de la « sélection ». Initialement dans le recueil 50% mobiles, 50% immobiles, mais le traitement avait bien fonctionné, et je serais inséminée dans 10mn. Elle m’a donné un spasfon.

10 minutes (et un demi-pipi) plus tard, c’est l’apprentie sage femme qui est venue nous chercher.

Effectivement, 4 personnes dans la salle minuscule, plus moi, plus mon mari, ça faisait du monde ! Malgré la musique douce, la gentillesse de toutes les nanas présentes (sage-femme, biologiste, gynécologue et apprentie gynécologue), ça n’était pas de la tarte.
Je me suis félicitée d’avoir mis une tunique longue sur mon pantalon…
On m’a fait coucher sur une table gynéco, que la sage femme a incliné. La gynéco en chef m’a demandé comment je me sentais, m’a dit que ça allait très bien se passer, que je n’avais pas à avoir peur. Je respirais, j’essayais de dédramatiser et de plaisanter sur la couleur du plafond. Les soignantes étaient vraiment très gentilles et faisaient tout pour que je me sente à l’aise. Mais comme l’a dit la gynécologue « C’est exactement la situation que vous vouliez vivre et l’endroit où vous rêviez d’être, on le sait ! »

L’apprentie gynéco a introduit un cathéter vide pour vérifier que le col était suffisamment ouvert. J’ai un peu pleuré, mais d’anxiété, de stress, d’acceptation – on y était – pas vraiment de douleur.
Mon mari, à gauche de moi, me tenait la main et me caressait la tête. Présent. Compatissant.
La gynécologue, qui se tenait à ma droite, m’a frotté le bras en me regardant avec gentillesse « ça va aller, courage, on sait que c’est difficile et stressant, mais ça va aller ».
Les larmes me sont montées, j’ai voulu frotter mes yeux, j’ai perdu une de mes lentilles de contact derrière mon oeil…
La jeune gynécologue m’a dit « tout est ok, je vais retirer ce cathéter et on va refaire exactement pareil avec le vrai cathéter ». J’étais soulagé, ça allait le faire, ça n’était pas si terrible. J’allais être courageuse.
La biologiste a couru chercher la pipette contenant le « recueil sélectionné ».
L’apprentie gynéco a commencer à réintroduire le vrai cathéter, il ne voulait pas monter dans l’utérus. ça m’a semblé une éternité. Elle a regardé la gynéco en chef et lui a fait signe de venir l’aider. L’apprentie sage femme a pris sa place à ma droite. La gynéco en chef  a remplacé la jeune et m’a expliqué que le cathéter, un peu plus « tiède » que le cathéter vide, était trop « mou » et pliait pour entrer au fond de mon utérus, et que, comme on voulait mettre toutes les chances de notre côté, on allait changer de technique.
Elle a ressorti le cathéter, inséré une sorte de pince en métal.
La biologiste est repartie avec le « recueil ».
J’ai attendu.
Le temps m’a semblé tellement long.
J’ai pris de grandes inspiration, j’essayais de penser à nous, j’ai regardé mon mari, j’ai pensé à l’objectif, à faire un bébé.
L’apprentie sage femme m’a demandé ce que j’allais faire l’après midi, et le lendemain, pour me changer les idées. La jeune gynécologue m’a demandé quel gynécologue me suivait, on a parlé de ma lentille derrière mon oeil (elle est revenue toute seule en place !), on a plaisanté sur la nécessité absolue d’avoir un massage de mon mari en rentrant à la maison…
La biologiste est revenue.
La gynéco a introduit le nouveau cathéter dans la « pince ». « On y va, c’est parti ». Je pleurais, je respirais fort, c’était assez éprouvant. J’ai eu un peu mal, comme une brulure, heureusement que ça n’a duré que quelques minutes.
« Voilà, c’est fini, maintenant, on croise les doigts ! »
J’ai souri faiblement, je les ai remercié d’avoir été aussi gentilles, je me suis excusée d’avoir été pas très courageuse, d’avoir pleuré, alors que je m’étais promis d’être forte. Elles m’ont répondu que j’avais été très bien. Elles ont remis la table à l’horizontal, m’ont donné un protège slip, ma culotte.
L’apprentie sage femme est restée avec nous, m’a donné des ordonnances (capsule de progestérone, prise de sang à J+15), le numéro de téléphone du CPMA si j’avais des questions, celui des urgences pour le dimanche. Elle a répondu à nos questions, puis je me suis rhabillée.

On est sortis.
J’ai pleuré sur le parvis.
Psychologiquement éprouvant, j’étais lessivée ou comme passée sous un bulldozer.
J’ai serré fort la main de mon mari. Il m’a serrée fort dans ses bras.

On a marché jusqu’à la voiture, doucement.

On est montés à Notre Dame de la Garde en voiture. On a allumé des lumignons.

On a mangé des bagels et des cupcakes chez Minoofi.

On est rentrés à Avignon.
J’ai dormi tout l’après-midi.

Voilà. On a franchi cette étape. La première.

Si seulement ça pouvait marcher.
Si seulement je n’avais pas à revivre ça d’autres fois…

Publicités

Donne-moi ton avis (si tu veux)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s