État

Et finalement être seule

Cycle vacances #4, J3

Parce qu’il dort, lui. Paisiblement. Il y arrive. Pourtant moi je pleure de mon côté du lit. Et il arrive à s’endormir.

Et il n’a rien vu. J’ai mal au ventre, j’ai mal aux tripes, je me hais, j’ai envie de crever. Et lui, il dort.

Le voir hier soir avec la fille de son cousin – 1 an – dans les bras, qu’il joue avec elle, lui parle, qu’il la porte, la mette sur ses genoux, ça a été un crève-cœur pour moi, un supplice. Ça m’a pris aux tripes. On aurait presque dit qu’il le faisait exprès d’être aussi proche d’elle, qu’il la cherchait. Il n’a même pas vu que je souffrais.

Il n’a rien vu.

On est rentrés, je me suis endormie épuisée de pleurer en silence. J’ai fait des cauchemars horribles. Je me suis réveillée avec des crampes aux maxillaires d’avoir trop serré les dents dans mon sommeil.

Et lui, il n’a rien vu.

Ce matin, tout m’énervait, je suis partie travailler comme une furie, en retard de trois quart d’heure. Deux fois, j’ai failli faire demi tour. Parce que je ne trouvais pas la force d’y aller avec cette boule dans la gorge qui ne m’avait pas quittée depuis la veille. Parce que je me suis demandé – ça devient récurrent – comment mettre un pied devant l’autre, où puiser encore la force. Sourire. Donner le change. Être concentrée, travailler. Pour combien de temps encore avant de basculer?

Et il n’a rien vu.

Quand j’ai réussi à lui avouer, par un sms 1h après mon départ, que j’allais mal, que le voir avec cette enfant m’avait bouleversée, il a répondu au bout d’une heure un laconique « je t’aime ». Et puis plus rien. Pendant 3 heures. Quand enfin il y a eu un autre sms, c’était pour me dire qu’on avait reçu les échantillons de papier peint au courrier.

Mais il ne voit rien ou quoi ?

J’en crève de me sentir aussi seule avec ce fardeau. J’en crève que personne ne me comprenne. J’en crève de ne pouvoir en parler à personne. Putain et si je ne peux même pas partager cela avec lui, alors avec qui ? Qui est capable de me comprendre ?

Et lui, il ne voit rien.

C’est quoi sa solution, son mode d’action ? Ne rien changer, on continue tel quel, on avance, c’est comme ça, c’est la vie, faut pas perdre espoir. C’est tellement plus simple de se laisser porter. Pas de plan, ça viendra.

Ignorer les problèmes, ben voyons, oui, c’est bien connu, ils disparaîtront sans doute d’eux-même.

Et me reprocher de vouloir à tout prix fixer des objectifs ? Vraiment ? Parce que prévoir des projets les uns derrière les autres (repeindre la chambre, coudre des rideaux, réfléchir à Noël ou au pont du 11 novembre…), les enchaîner, il ne voit même pas que pour moi ce sont simplement des bouées qui m’aident à ne pas me noyer et me motivent à continuer ? Agir au moins là où j’ai le pouvoir de le faire, puisque le reste me résiste. Oui. C’est aussi puéril que ça. La douleur viscérale ne fait pas ressortir les meilleurs côtés de l’être humain.

Ce soir, je n’attendais pas grand chose. Qu’il me serre dans ses bras. Fort. Qu’il me dise qu’il comprenait, que lui aussi me voir avec cette enfant, ça l’avait fait souffrir. Qu’il me change les idées, me fasse rire, m’emmène manger dehors, rompe le quotidien. Qu’il me demande au moins si je voulais en parler! N’importe quoi plutôt que son indifférence, son air « Ouf! elle ne m’en parle pas, faisons le dos rond, laissons passer l’orage ».

Il croit quoi franchement : que ça va passer ? Mais cette douleur atroce qui est en train de me ronger de l’intérieur depuis presque 6 ans, elle est tellement insidieuse, pernicieuse, j’en viens à me demander si je lui survivrai..! Alors ce n’est pas à coup d’ignorance, de silences, de solitude et de non-dits que j’irai mieux. Non. Je voudrais qu’il se secoue, me sentir portée, soutenue, épaulée, pas seule avec ma bataille. Que ce soit véritablement notre bataille. 50-50.

Je me sens tellement seule face à ça. J’ai l’impression de monopoliser toute mon énergie à survivre, à me débattre, seule.

Il ne parle jamais, ne dit jamais ce qu’il ressent. Handicapé des sentiments, élevé à bonne école. Ne souffre donc t-il pas du tout ? Ne ressent-il donc rien ?

J’ai l’impression atroce qu’il n’y a que moi qui suis déchirée.

Et si finalement je le voulais plus que lui cet enfant? Comme si je portais ce poids, cette peine parce que je le veux bien en somme.

Et Lui, il ne voit rien.

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