Revenir de loin

J2, cycle post FIV1

Revenir de loin.. J’ai l’impression qu’une année a passé. Avant la FIV c’était l’hiver ; aujourd’hui les arbres sont en feuilles.
Jusqu’à la ponction, j’ai relativement bien géré. Presque j’étais fière de moi. Pas trop de larmes, pas trop de stress, pas trop d’effets secondaires. Quelques crises, mais passagères.

J’ai bien mis à profit mon arrêt de travail pour me reposer, j’ai pris le soleil, fait des siestes avec mon chat, je me suis offert des massages et des soins du visage, j’ai lu, fait du project life. Bref, j’ai essayé de me détendre le corps et l’esprit.

Le samedi avant la ponction, je me suis même autorisé une petite séance de réflexologie faciale au magasin bio. Zen.

Ce jour là, au téléphone, la gentille petite secrétaire des gynécos a été adorable : « Ce soir, vous faites l’injection d’Ovitrelle à 22h30 précises, et rendez vous à 7h, lundi matin. Vous, à jeun, douchée à la betadine à la clinique. Monsieur, au labo. Ce sera le Dr. Gentille qui fera la ponction. Allez, je croise les doigts pour vous ! »

J’étais contente, Dr Gentille, je l’avais rencontrée lors d’un contrôle écho à J11, je l’avais trouvée super. Douce, humaine, empathique.

Le samedi soir, après m’avoir fait la piqûre, Mari Ours est venu s’allonger près de moi. On s’est serré l’un contre l’autre. En se tenant fort la main, on a bien regardé l’affiche de la licorne de Mr. Wonderful accrochée face au lit « Wake up and make your dreams come true ». On a fait le vœu que cette injection soit la dernière, encore une fois. Puis, on a pleuré un peu.

Le lundi matin, je me suis levée à 5h45 pour me doucher à la betadine. Mari Ours m’a conduite à la clinique et est allé au labo. J’ai attendu à l’accueil. Un coup de stress parce qu’en ambulatoire, l’armoire de ma chambre ne fermait pas à clé, que Mari Ours était au labo, et que je ne savais pas comment faire avec mon sac à main. La chambre n’avait pas de fenêtre. J’étais seule à attendre, avec ma blouse en papier-tissu ouverte dans le dos. C’était bizarre. Et puis Mari Ours est revenu du labo, ça m’a rassurée.

Le brancardier est venu me chercher vers 8h45, j’étais donc la dernière à passer. J’ai eu le droit à mon petit tour en lit d’hôpital. Sans mes lunettes, je n’y voyais rien. J’étais perdue.

J’ai patienté pour le bloc dans le couloir. À côté de moi, sur un autre brancard, dans sa charlotte, il y avait une des deux autres filles qui venaient pour une ponction ce matin-là. Elle avait l’air habituée, pas impressionnée. Elle a souri, m’a dit que c’était l’heure de pointe, qu’elle attendait son tour. Même sans lunette, j’ai tout de suite vu son cathéter à l’intérieur du coude, je me suis dit que j’allais y avoir droit. On est venu la chercher.

J’attendais seule dans ce couloir froid. Dr Gentille est sortie du bloc avec la mallette de la première nana. Quand elle est sortie la confier à son mari, la porte battante s’est ouverte, j’ai entre-aperçu Mari Ours qui repartait, mais il ne m’a pas vue. Je me suis mise à pleurer, de manière incontrôlable, silencieusement.

Au retour Dr Gentille m’a dit bonjour, comme je n’y voyais rien et qu’elle était en tenue, je n’ai reconnu que sa voix. Elle a vu que je pleurais, elle m’a pressé l’épaule et donné un mouchoir, elle m’a dit que c’était normal d’avoir peur, que ça allait être à mon tour et que tout allait bien se passer. Elle a ouvert la porte battante pour que je vois Mari Ours, il avait l’air inquiet que je pleure, le pauvre. Je lui ai dit de penser à la licorne, et la porte s’est refermée.

L’anesthésiste est venu, s’est présenté, m’a posé un cathéter. Il m’a dit que dans 20mn ce serait à moi.
L’infirmier du bloc est venu me chercher. Il s’appelait Thomas, il a plaisanté pour me détendre. Puis il m’a emmenée au bloc. J’ai trouvé ça grand et froid. Thomas m’a demandé de me déplacer sur la table d’opération, il m’a installée. L’anesthésiste m’a demandé de respirer calmement. Les joues m’ont picoté et je me suis endormie.

A mon réveil, l’anesthésiste était là, il était très prévenant, m’a demandé comment je me sentais. J’avais mal au ventre, il a demandé qu’on me passe du spasfon et du paracetamol en perfusion, puis il est parti.
J’émergeait doucement, les infirmières discutaient entre elles, on était trois femme en salle de réveil. Celle à ma gauche gémissait, elle avait l’air de souffrir.

À 10h, le brancardier m’a ramené dans ma chambre. Mari Ours était là. J’étais sonnée mais heureuse d’avoir survécu à la ponction. Il m’a dit qu’il avait apporté la mallette au labo, qu’il y avait 5 bocaux.

Quand mes copines de galères ont quitté la clinique, 2h après leur ponction, et que moi, 4h après j’étais toujours là, à me tordre de douleur et à réclamer des calmants, j’ai bien compris que quelque chose n’allait pas. L’infirmière m’a dit d’aller faire pipi. Déjà, j’avais du mal à marcher, et faire les 2 mètres entre mon lit et les toilettes, ça a été un calvaire. Et puis, j’ai essayé et j’ai senti une telle brûlure, j’ai cru que j’allais mourir, là, dans les toilettes de ma chambre de clinique. J’ai hurlé, ça me déchirait l’utérus. L’infirmière a téléphoné à Dr. Gentille, qui a dit que c’était normal d’avoir mal, que c’était une grosse ponction. A 18h30, à bloc de ma dose de calmant pour 24h, on m’a renvoyée chez moi. Mari Ours m’a presque « portée » jusqu’à la voiture. Il avait beau rouler à 15km/h, chaque secousse était un enfer.

On est rentrés à la maison, j’étais incapable de me tenir droite, ni même de m’allonger. Mon ventre était énorme, gonflé. Et j’avais vraiment mal, comme jamais. Même avec les médocs qu’on m’avait filé pour que je fasse une fausse couche de ma grossesse arrêtée en 2011, je n’avais pas eu si mal. Évidemment, plus aucun gynéco à la clinique à cette heure, plus personne à la cellule AMP, pas d’urgences à la clinique.

J’ai passé la nuit assise. Je n’ai quasiment pas dormi. On a appelé Dr. BeauGosse le lendemain matin dès 9h. Il a voulu me voir immédiatement. On est retourné à la clinique. Il m’a annoncé qu’on m’avait prélevé 19 follicules. Une échographie, et le verdict : hyperstimulation ovarienne, des ovaires gros comme 2 pamplemousses (au lieu de 2 noisettes). Hospitalisation. De nouveau le cathéter que j’adore, rien pour calmer ma douleur, à part du paracétamol, pas le droit aux anti-inflammatoires, puisqu’on attend les résultats de la mise en FIV, et qu’il y aura peut-être un transfert d’embryon. Anti-coagulants, prise de sang, la totale.

Mari Ours a fait l’aller/retour à la maison pour me chercher des affaires. Pour moi, impossible de manger (mon estomac est trop comprimé, et la digestion me fait atrocement mal), impossible de respirer à fond, j’ai l’impression d’avoir les poumons « coincés ».

J’ai passé la nuit à la clinique. Et j’entendais, au loin, les cris des nouveaux-nés, les discussions des nouvelles mamans, tout à leur bonheur. Une chance, on m’a mise dans une chambre particulière..

Tôt le lendemain matin, mon mari Ours était déjà là. Dr BeauGosse est passé après ses blocs du jour. Il m’a expliqué qu’on attendait les résultats du labo pour décider de la suite, mais que, vu mon état, un transfert d’embryon, si il y avait, serait compromis.

Justement, mon téléphone sonne, c’est le labo qui appelle…
18 follicules
8 ovocytes à maturité

0 embryon

Fin du chapître.

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