Lutter

Lutter, chaque jour, pour ne pas sombrer.
Guetter chaque instant, redouter le moindre cataclysme.
Tout prend maintenant des proportions exagérées. J’ai le sentiment que tout m’agresse, me blesse, que je suis à vif et que je reçois les choses et les autres en pleine face, ou comme des gouttes d’alcool sur une plaie ouverte.

J’en suis à un point où même les choses heureuses me filent les larmes aux yeux, parce qu’elles me renvoient en pleine gueule ma souffrance silencieuse, que la vie continue, que les autres avancent. Tout me devient insupportable.

Hier, je devais aller déjeuner dehors en tête à tête avec Melle Dawn, la collègue qui m’a annoncé le mois dernier qu’elle était enceinte. On devait parler un peu.
Et puis, elle a gaffé juste avant qu’on ne parte et on s’est retrouvées flanquée d’une autre de nos collègues, Mme Running. Pas méchante, Mme Running, mais elle ne « sait » pas. Par contre, elle sait pour la grossesse de Melle Dawn.

Ça m’a un peu déçue que nos plans soient contrariés mais j’ai essayé de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Et Melle Dawn, qui devait se sentir un peu coupable, y mettait vraiment du sien pour animer la conversation.

J’aurais du reculer, m’échapper. Mais je me suis laissée faire, j’ai suivi, je me suis dit que ce n’était pas grave, et que sortir à la lumière me ferait du bien.
J’ai essayé de regarder le ciel, les arbres, de sentir le soleil, mais rien ne me remontait le moral. J’avais -encore- cette impression d’avoir le cœur dans la gorge. Les larmes aux yeux à contenir. Ne pas pouvoir parler librement, devoir jouer un rôle.


Pourquoi je n’en n’ai pas profité pour tout balancer ?

Parce que je n’ai pas vraiment confiance.
Parce que j’ai peur que cela se sache dans toute l’entreprise.
Parce que je ne veux pas voir de la pitié dans leurs yeux.
Oui.
Et non.
En fait, tant que les autres ne « savent » pas, quand ils font des gaffes ou que leurs mots me blessent, j’arrive à leur trouver des excuses. Une fois qu’ils sont au courant, j’ai plus de mal à ne pas leur en vouloir s’ils ont des mots maladroits. Alors, je me tais.

Mais c’est un combat permanent. Ils ne me comprennent pas, je passe pour la fille bizarre et du coup, je m’isole encore plus pour ne pas avoir à souffrir de leurs maladresses.

Après le pique-nique, de retour au bureau, Melle Dawn m’a gentiment proposé qu’on aille boire un thé en salle de pause.
Elle a commencé à me poser des questions sur l’HSO, sur la FIV. Ça partait sincèrement d’une bonne intention, elle voulait se rattraper de sa bourde et m’offrir la fenêtre de parole qu’elle avait proposée au départ. Mais, dans ce lieu « public », même si on était seules, ça m’a mise mal à l’aise.

Et pourtant, pauvre niaise que je suis, j’ai répondu à ses questions.

Mais qu’attendais-je exactement ? Que Melle Dawn, tout à son nouveau bonheur, me comprenne, me soutienne, trouve les mots justes ?

Je sais, en plus, que sur le lieu de travail, ses pauses sont chronométrées.
À me confier, j’allais dans le mur, car toutes les conditions étaient réunies pour ressentir encore de la frustration.

Bref. Sans doute parce que j’ai ce besoin désesperé d’être écoutée, qu’on me comprenne, qu’on compatisse (pathétique), j’ai répondu. Et ça n’a pas raté.

Et je lui ai dit ma souffrance, mais bien entendu elle n’a pas saisi. J’ai eu droit au laconique « Je comprends » ce à quoi j’ai répondu que non, je ne pensais vraiment pas qu’elle puisse comprendre.
Ce n’est peut être pas gentil, mais que croient les gens fertiles franchement, qu’ils comprennent vraiment ?

Voilà.
Au final, encore un espoir déçu. Ce sentiment prégnant de se sentir désespérément seule, incomprise.
Enfin, non pas vraiment seule car toujours suivie à la trace par mes deux meilleurs amies, celles qui elles répondent toujours présentes, elles, Tristesse et Douleur.

Et à nouveau, les angoisses qui m’empêchent de m’endormir, les pleurs parce que je vois les minutes s’égrener, que je suis fatiguée et qu’il ne me reste plus que 6… 5… 4h de sommeil avant que le réveil ne sonne le début d’une nouvelle journée que je vais passer à serrer les dents.

Et, comme si ça ne suffisait pas, je me suis de nouveau coincé le nerf subcostal, c’est formidable.

Tout mon corps se détraque.
Toute mon âme crie à l’aide.
Et personne n’entend.

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3 réflexions sur “Lutter

  1. Que c’est dur de te lire…
    Ce sentiment de désarroi qui te prend n’importe où, n’importe quand. Commencer à parler et avoir la voix chevrotante parce qu’à 2 doigts de pleurer. C’est dur…
    J’avais vu une psy qui m’avait forcé à sortir pas mal de chose mais encore aujourd’hui je reste meurtrie. Je te fais un gros câlin !! On est très bien placées pour te comprendre ici…

    Aimé par 1 personne

    • Oh Bibiche, merci pour ton commentaire 😘
      A l’époque, mon blog était « privé », j’avais (bêtement) « honte » d’en être arrivée à la PMA. Je ne vous connaissais pas encore. Pourtant ça m’aurait tellement aidée de me sentir soutenue et surtout comprise. Aujourd’hui, grâce à la blogo, je me sens bien plus « forte », plus « légitime » ❤️

      Aimé par 1 personne

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