Toucher ses rêves du bout des doigts

Mari Ours et moi avons laissé passé du temps. 7 mois. 7 cycles et autant d’espoirs puis d’espoirs déçus.
Pour se remettre de FIV1+HSO, pour se détendre, pour prendre du temps pour nous deux. Sans AMP, sans contraintes, sans protocoles, ni horaires ou traitements.

On avait revu le Dr. BeauGosse en juin, il était prêt, avec son nouveau traitement, son kit d’initiation aux injections, son sourire, son dynamisme et son espoir. On lui a dit qu’on attendait la rentrée. Il a compris.

Entre temps :

  • J’ai délaissé ce blog, j’ai voulu croire que ça me porterait chance/que ça m’éviterait de me plomber le moral.
  • On a essayé le magnétiseur, les tisanes de sauge, les extraits de pépins de pamplemousse.
  • On a essayé le reiki, perdus dans un trou paumé de Bourgogne, à parler aux arbres et à écouter les oiseaux.
  • J’ai essayé le yoga, repris l’acupuncture, et l’ostéopathe.
  • On a essayé de boire normalement de l’alcool, de ne plus en boire du tout, de manger bio, j’ai même essayé d’arrêter complètement la viande. Je me suspecte intolérante au gluten, j’ai limité mes apports en septembre et j’ai arrêté complètement en octobre.
  • J’ai essayé de me mettre à fond dans un projet professionnel d’avenir, de trouver un CIF.
  • J’ai avancé pour comprendre et régler mes problèmes de relation avec ma mère, ma place dans ma famille, grâce à ma psy. Mari Ours a commencé à voir un psy aussi, et on a même tenté une ré-approche avec sa sœur.
  • On a décidé d’un plan de bataille pour se donner les moyens d’être heureux : si la prochaine FIV ne donnait rien, je quitte définitivement mon boulot qui me pourrit clairement la vie et me gâche toute mon énergie depuis 3 ans.
  • On a aménagé un bureau dans la « petite chambre » qu’on gardait chez nous pour « notre futur enfant qui tarde à venir ».
  • On a fait de beaux voyages : au printemps, une semaine chez les Vikings, entre Copenhague et Oslo, et en fin d’été un mois entier dans l’ouest des USA.

A notre retour des Amériques, justement, j’avais 5 jours de retard, et, même sans aucun symptôme de grossesse, bien sûr, un espoir : je rêvais secrètement de pouvoir acheter ce petit babygrow que j’avais repéré à San Francisco. Celui, trop mignon, où il est écrit dessus « Made in California ». Ca aurait été tellement bien.
Mais non. Dame Nature a décidé qu’il était temps de repartir en AMP. Et parce qu’elle est vraiment sympa, Dame Nature (ou bien qu’elle a des remords de me faire morfler autant), elle m’a fait J1 = 1er octobre, trop fastoche pour compter.

Je me suis battue contre moi-même (« c’est mal / oui mais c’est mieux pour nous / mais que vont-ils penser de toi ? / n’oublie pas que ce sont des connards qui veulent te virer / ne leur fais aucun cadeau / oui mais quand même, je vais passer pour une faible »…on ne se refait pas), mais j’ai tenu bon et je me suis faite arrêter par le généraliste. Vu le climat « limite rupture conventionnelle » qui règne à mon boulot, ne pas y remettre les pieds et profiter de se laisser glisser doucement sur la vague de détente de nos vacances, je me suis dit que c’était clairement mettre toutes les chances de notre côté.

J’ai donc commencé cette FIV1bis sereinement. Je suis passée sous Menopur. Mari Ours, habitué aux stylos (il est spécialiste ès-Gonal, 4IAC + 1FIV, rappelons-le) ne se sentait pas trop de faire le mélange et les injections. Moi, n’en parlons même pas, déjà le stylo, je n’y arriverais pas, alors une vraie seringue !
On a donc fait appel à notre infirmier à domicile préféré, aka Dany.

Après avoir lu un excellent article de loosequeen sur l’auto-hypnose, et qui est tombé pile poil après un rendez-vous avec ma psy où elle m’avait passé un bouquin sur la méditation, je m’y suis mise. Positive et détendue. Je l’étais vraiment.

Toutes les injections se sont passées comme sur des roulettes, pas trop d’effets secondaires, pas trop de stress. Une étape après l’autre. Tous les soirs des blagues avec Dany. Menopur qui picote mais rien de méchant. Orgalutran que je ne sens même pas. Le biologiste en chef qui me pique et me fait un bleu gros comme une noix, même pas mal.
Princesse Pi 1, protocole 0.

Légère accélération quand, au contrôle à J11, le gynéco de garde ce samedi-là a pris son air renfrogné parce qu’il y avait beaucoup beaucoup de follicules. Angoisse de l’hyperstimulation. Et puis, non, il a appelé Dr. BeauGosse et on a déclenché le samedi 11 au soir. Mari Ours, après 7 mois d’interruption n’avait pas perdu le coup de main, Ovitrelle : check !

Lundi 13 aux aurores, 2 douches à la Bétadine et direction la clinique : on va fabriquer des bébés aujourd’hui. Vague impression de déjà-vu. Pour conjurer le mauvais sort (oui, je sais, c’est limite pathétique), je ne laisse pas la Bétadine traîner dans la douche, je la range au fond du tiroir. Et, Mari Ours et moi, on prépare une amulette porte-bonheur : son half-dollar Kennedy en argent de 1967, et mon liard en cuivre de Louis XV le bien-aimé, environ 1770, trouvé avec mon frère quand j’avais 8 ou 9 ans, hop, le tout dans un mini sachet en organza fuchsia. Le tout dans la poche kangourou de ma « tunique hoodie » (leggins + hoodie : ouais, moi j’aime avoir la classe pour aller à la clinique).

A la clinique, mon infirmière est adorable, j’ai même le droit à un petit Atarax (on ne m’avait rien donné pour FIV1). Donc, je me détends, forcément. Mari Ours est parti au labo pour la cueillette, avec notre amulette. On a demandé des winners.

J’ai UNE brancardière, c’est Suzanna, l’argentine. Elle est ronde et gaie comme le soleil, avec son accent qui chante, elle me raconte ses 37 ans en France.

J’attends dans le couloir à côté du bloc, il est 10h. Dr Gentille vient me voir (hasard ? ce sera elle pour la ponction aujourd’hui). Elle entre-ouvre la porte battante, je vois mon Mari Ours, je souris, on blague. La porte battante se referme. Dans 20 minutes ce sera à moi. Je respire, je me concentre sur ma respiration, comme je l’ai appris dans « 3..2..1.. se détendre », je me concentre sur la « lumière dorée ». L’anesthésiste vient me voir (c’est aussi le même que pour FIV1), j’avais les yeux fermés, on papote hypnose, il me pose le cathéter (que je ne sens pas, hourra !). Dr. Gentille et lui me disent qu’on pourrait faire la ponction sous hypnose. Non, là faut pas pousser quand même.. je veux mon AG !

C’est mon tour, c’est parti. Je n’ai pas pu prendre l’amulette avec moi, mais Mari Ours me la rendra à mon réveil. Comme je suis réceptive, l’anesthésiste me parle doucement en mode « hypnose » pour me détendre pendant qu’il me prépare.

Black-out.

Je me réveille, il est 11h, j’ai rêvé. J’ai mal, mais pas trop. L’anesthésiste vient me parler, tout s’est bien passé. Je comate. L’infirmière de la salle de réveil vient me passer une ENORME seringue d’antibio, je panique un peu, elle parle d’endométriose (?). Je me rendors un peu, je respire. La lumière dorée.

On me ramène dans ma chambre. Mari Ours est là, il me donne l’amulette et je la garde tout contre moi. J’ai vraiment moins mal que la dernière fois. Mon infirmière est au top, elle me fait un plateau « full compotes sans gluten » parce qu’elle n’a rien d’autre. Elle me dit qu’elle a eu ses enfants ici même, par FIV, des jumeaux, il y a 18 ans, que ça va nous porter bonheur. Croisons les doigts.

A 14h, je sors de la clinique en marchant (et rien que ça, c’est déjà une victoire pour moi !). Je me repose. On reste sur le qui-vive d’une éventuelle HSO, je me pèse, je mesure mon ventre, mais tout va bien cette fois-ci. Je commence les ovules de progestérone.

Et puis même Christine Haas nous a prédit que le ciel serait de notre côté « le 13, vous serez témoins d’un mariage, mais pas le vôtre, celui de l’un de vos proche, en tout cas, ce sera une bonne nouvelle ». J’ai confiance.

Princesse Pi 1, HSO 0.

Le mercredi, le labo appelle à 8h.
19 ovocytes ponctionnés, 16 à maturités, tous micro-injectés et… on a 12 embryons.
12 ! C’est inespéré ! Je pleure de joie, Mari Ours me serre fort dans ses bras, on a du mal à réaliser. Je demande au labo de bien les coacher. On n’en parle à personne. C’est notre secret. Nos bébés.

On attend, et je continue l’hypnose. J’ai l’amulette 24h/24 contre mon ventre. Ça va aller. Ils vont survivre et bien se développer. On a confiance.

Melle Dawn (ma collègue enceinte) me dit par SMS qu’elle nous a tiré les carte, qu’elle n’en parle jamais d’habitude, mais que notre résultat est très positif « des évolutions rapides pour le couple, le début d’un nouveau cycle de vie et mise en place des fondements du futur + la carte de la chance ». Avec un karma pareil, ça ne peut QUE marcher. Je suis ultra-reboostée.

Samedi 18, on s’est levés tôt, on est prêts, au cas où.
Le labo appelle, on est dans la salle de bain. C’est le biologiste en chef : « Mari Ours et Princesse Pi, on va faire un transfert aujourd’hui ! ».
Je tremble, j’ai les larmes aux yeux. On est transportés de joie. Une dernière séance d’hypnose, le valium prescrit par Dr. BeauGosse et c’est parti.

Comble du hasard, c’est Dr. BeauGosse qui est de garde aujourd’hui.
La salle des transferts, il y a une petite trappe, qui donne sur le labo. C’est Jenny aux commandes, elle est très gentille.
Dr. BeauGosse nous dit qu’on était partis pour un embryon, mais vu mon âge (avancé ! 34 ans), on pourrait en transférer deux. Il rappelle qu’on augmente les chances de succès, mais qu’on augmente le risque de grossesse multiple.

On entend Jenny-la-biologiste dire que les embryons ne « vitrifient » pas. Ils ne seront pas « congelables ». Ça change un peu la donne. Mari Ours et moi, on n’hésite pas longtemps : on ne va pas laisser une potentielle vie sur le bord de la route, surtout après tant d’étapes et d’épreuves : le deuxième mérite aussi sa place au chaud. Et puis, à deux c’est mieux. Le transfert est un peu compliqué (vessie pleine + utérus rétroversé = mauvais calcul). Mais on y arrive. J’ai l’amulette contre mon ventre.

Et maintenant, il faut attendre.
Je passe à la phase 2 de l’auto-hypnose « après le transfert d’embryon ». Positive et détendue.

Dans la nuit après le transfert, diarrhée, sueurs. Est-ce la soupe thaï du samedi soir ? une gastro ? une intoxication au gluten ? le transfert lui-même ?
Le dimanche, j’ai même de la fièvre. Pas grand chose, un petit 38,5°C, mais suffisamment pour m’inquiéter (est-ce que c’est normal ? est-ce que je vais tuer les embryons ?). J’ai des douleurs à l’utérus, des contractions sourdes (?). Et puis la fièvre retombe. Le lundi je vais nettement mieux. Je ne m’inquiète plus.

Je me repose.
J’attends.
J’espère.
On parle à nos « oeufs » 2 fois par jour, on leur dit de bien s’accrocher. On imagine plein de choses positives, notre futur, les accueillir dans notre vie.

On reçoit le compte-rendu du labo. 2 embryons : 1 B3 et 1 B4AB. On cherche sur internet (bien entendu) et puis on laisse tomber. Peu importe leur nombre de cellules et leur beauté, nous on les a aimé dès qu’ils ont existé. Et puis, la vie est plus forte que tout. Ca ira.

Et vendredi 24, soit 6 jours après le transfert, surprise : un peu de sang.
Je respire, je ne cède pas à la panique. Une nidation ?

Mais non.
Dame nature a juste décidé qu’on n’aurait pas besoin de changer de voiture tout de suite.
Une grande claque inattendue en pleine gueule : mes règles, déjà.
Du sang, beaucoup de sang. Comme jamais.
Les larmes, incontrôlables, pendant 4 jours.
Aucun doute possible.
C’est foutu.

Donc, depuis 4 jours, je ne peux m’empêcher de me repasser le film en boucle. Me demander ce que j’ai mal fait, à quel moment ça a foiré, alors que ça se passait si bien cette fois-ci.
Comment on pouvait être aussi heureux et plein d’espoir jeudi soir (on avait même inventé une petite choré dans notre lit !), et comment je peux être aussi désespérée aujourd’hui.

Et à croire que c’est fait exprès. La vie est tellement farceuse. Et cruelle. Pile ce week-end :

– je reçois le faire part de naissance d’une copine
– Melle Dawn annonce la naissance de sa petite fée
– on demande à mon mari d’être parrain
Et évidemment, ils font exprès de passer en boucle sur toutes les chaînes la pub de la fiat 500L family et son slogan qui me fout les larmes aux yeux « la famille, le plus beau des voyages ».

J’ai avancé la prise de sang à hier. Puisqu’il faut la faire « impérativement ».
Juste parce que c’est vraiment trop gore, le truc des ovules de progestérone tous les soirs. Surtout si ça ne sert plus à rien. Je garde encore l’amulette contre mon ventre jusqu’au résultat. Même si je sais au fond de moi qu’il sera négatif, je veux garder une minuscule flamme d’espoir (oui, je sais, c’est pathétique, parce qu’en toute honnêteté, si par miracle ça avait marché quand même, tout ce sang n’est pas très bon signe) .

Je sais que je vais finir par encaisser.
J’ai presque envie d’ajouter « comme d’habitude ».
Mais c’est juste terriblement difficile encore cette fois-ci. Se dire qu’il y a eu la vie en moi à un instant donné, et que ce petit peu de nous s’est envolé…

Echec 1, Princesse Pi 0

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