En passant

Être en miettes

Je me rends compte que je vais plus mal que ce que les gens peuvent croire.

En apparence, je me suis lancée à fond dans cet objectif de quitter ce travail qui me fatigue moralement et physiquement depuis trop longtemps. En apparence, c’est évidemment cela qui me déprime. Parce que cette rupture conventionnelle est mal engagée ; parce qu’à mon retour, on m’avait dessaisie de mes dossiers ; parce que mes « collègues » ne m’adressent même plus la parole.

En apparence.

En fait :

Il y a un mois, on apprenait qu’on avait 12 embryons ; aujourd’hui, j’ai le ventre vide.

Il y a un mois, il y avait l’espoir ; aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il n’y a pas d’issue, que je ne me remettrai jamais de cette douleur, de ce manque.

Au fond de moi, je suis en miettes. J’ai mal. Et je me sens terriblement seule. J’ai l’impression que personne ne peut m’apporter ce réconfort dont j’ai pourtant tellement besoin. Que personne n’arrive à trouver les mots, que je suis inconsolable. Pourtant j’essaye, hein, de me changer les idées, de sourire, de participer aux conversations. Mais, par moments, je me rends compte que j’ai décroché, et c’est comme si je regardais la scène de l’extérieur. Je suis ailleurs, avec mes copines qui me collent aux basques : Tristesse et Douleur.

Et il suffit d’un rien pour que la tristesse ne reprenne le dessus, ne me fige. Une amie à qui je donne enfin des nouvelles après 2 mois de silence et qui me répond « Je ne comprends pas, pourquoi tu parles de culpabilité de l’échec ? ». Évidemment, comment comprendrait-elle, elle, qui était enceinte en C2 la bitch ? Qu’est-ce que j’espérais …? Comment lui faire comprendre ? Et est-ce que j’ai vraiment envie de me battre pour qu’au final, elle ne comprenne toujours pas…?

Elle me parle de Noël, de notre traditionnel repas entre copains. Si elle savait que moi, j’ai juste envie de fuir, loin, de me terrer comme une ermite, dans un endroit où Noël n’existe pas. Comme l’année dernière, j’ai juste envie de me cacher au fond d’un trou et d’attendre. Oui. Comment fêter encore une année de passée remplie d’échecs et de tristesse, sans aucune perspective de bébé ?

Déjà, rien que le weekend prochain chez mes parents, le repas en famille, mon frère, ma belle-sœur, me semble insurmontable. Si je m’écoutais, je partirais en courant, tout de suite, sans rien dire à personne. Ce besoin d’isolement, c’est juste un réflexe de protection en fait, puisque personne ne comprend, puisque je suis un « cas à part » et que j’ai « des problèmes ». Tout m’irrite. J’imagine qu’en plus, ils doivent se dire que je ne suis pas « à prendre avec des pincettes ». Ben ouais. Et je vous em…

Ma mère continue d’être à côté de la plaque, ou en décalage. Elle m’a fait un mail laconique la semaine dernière, avec la vCard d’un psy et juste ces mots « il pense pouvoir vous aider en 2 séances ». J’ai besoin d’attention, de réconfort et d’un soutien indéfectible, on me renvoie en pleine face notre « insuffisance psychologique ». Merci maman. Ça fait mal de se rendre compte qu’elle aussi, finalement, elle est dans le clan des « fertiles-qui-ne-comprennent-rien ». Pourtant, c’est pas faute de lui avoir offert le livre des deux Audrey.

Je ne sais plus quoi faire, j’ai l’impression que tout n’est qu’un put$£µ de sac de nœuds. Souvent, j’aimerais tout reprendre à zéro. Mais on ne peut pas, hein. Alors qu’est-ce qu’il me reste ?

Ah oui, il me reste l’Amour, mon mari Ours. Mais même ça, je me demande combien de temps ça durera ? Est-ce qu’on sera toujours assez fort pour surmonter ça ?

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15 réflexions sur “Être en miettes

  1. Comme je te comprend… rien à quoi se raccrocher pour mieux supporter les jours qui passent…
    J’espère que tu referas surface très vite en tout cas !!! et croisage pour la suite professionnellement et tout le reste 🙂

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  2. Titia30 dit :

    On ne se connait pas, c’est la première fois que je viens sur ton blog, et j’ai l’impression de tu as couché sur le papier tout ce que je ressens depuis longtemps. J’ai moi aussi fait le choix de quitter mon poste, épuisant également à tout point de vue, et ce n’est toujours pas trés bien compris. Les jugements sont faciles, les réflexions aussi mais le soutien absent. Moi aussi je me sens nulle et ce depuis longtemps. Ma FIV de l’année dernière n’a fait qu’amplifier cette sensation et puis l’annonce de mon problème génétique m’a anéanti.
    Alors en façade, je ne laisse pas grand chose paraître mais à l’intérieur… tout le monde me croit forte, parce qu’auparavant c’était comme çà mais certains évènements ont fait que je doute et que je suis plus fragile aujourd’hui. Il y a certaines personnes que je n’ai pas envie de voir et je ne me force plus.
    J’ai fait du tri dans ma vie et ce n’est pas plus mal. Noël est pour moi un période difficile, je n’ai jamais aimé ce moment de l’année et l’an dernier, le résultat négatif de ma prise de sang en plein shopping de Noël n’a fait que renforcer ce sentiment. Il y a des moments où je me sens mieux, où je profite de la vie, et les moments où je sombre, je me replis sur moi-même.
    En parcourant ton blog, j’ai vu que nous ne devons pas être trés loin l’une de l’autre vu que tu es suivie à Avignon et que j’habite prés de Nîmes. Si un jour, çà te tente de prendre un café, fais moi signe, n’hésite pas, ce sera avec plaisir.

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    • Bonjour Titia et bienvenue.
      Les montagnes russes émotionnelles… C’est ce qui rend le parcours encore plus dur. Des « très hauts », des « très bas », quelques « plats » et puis des « encore plus bas » alors qu’on pensait avoir touché le fond. Il faut s’attendre à tout. Et on repart, et ça recommence. C’est rude.
      Et comme tu dis, c’est nécessaire de faire du tri dans ses « amis ». Ce qu’on vit est tellement compliqué, mobilisant et éprouvant. Ne pas se forcer avec des personnes « toxiques » et préférer s’entourer de personnes bienveillantes, je pense que c’est une des clés pour maintenir le cap.
      Tu parles d’un problème génétique, où en es-tu à présent ? Tu as l’air d’avoir déjà beaucoup souffert, alors dans tous les cas, je te souhaite de trouver ton équilibre, ta lumière.

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  3. Titia30 dit :

    J’ai une translocation et suis suivie à Montpellier en DPI depuis juin dernier. Mon traitement genetique est pret, on rencontre toute l’equipe medicale qui va s’occupper de nous le 11 decembre, on devrait faire une nouvelle FIV en mars si tout va bien. J’ai eu une periode difficile émotionnellement et elle m’a completement changée, mais il y a aussi du bon dans tout çà! J’espere que tu te sentiras bientot prête à repartir au combat et te souhaite de profiter à fond de tes vacances au bout du monde avec ton mari pour te retrouver et recharger tes batteries.

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    • Merci Titia (pas de vacances prévues pour l’instant, même si j’avoue que ce ne serait pas de refus !). Malgré les difficultés, ton état d’esprit est hyper positif, bravo. J’espère que tes prochaines echéances seront couronnées de succès.

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  4. Pour avoir vécu 2 fois cet espoir fou et cet échec je comprends parfaitement ta douleur. Je t’envoie plein d’ondes positives pour que vous retrouviez à deux l’envie d’avancer. Accroche toi à tes rêves et bon courage!

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    • Merci pour tes mots 1872tartine. La semaine a été vraiment eprouvante, parce que certaines dates ont réveillé des souvenirs du cycle passé. Après une conversation les yeux un peu mouillés, et une bouteille de Douro 😉 on a decidé qu’il était temps de rire, de vivre, de s’aimer encore plus fort. Petit à petit, l’espoir reprendra ses droits. Je crois que nous sommes en bonne voie.

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      • Ca m’en a tout l’air! Je discutais tout à l’heure avec une amie qui commence juste son parcours PMA et je lui disais que, même si c’est très dur, il y a une chose positive que j’y ai gagné: notre couple en est ressorti encore plus fort, et j’ai été vraiment fière de la façon dont cette homme que j’avais choisi pour tout un tas d’autres choses, se révèle à ce point là une aide si forte. Bon courage à tous les 2 et profitez de vous!

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  5. J’ai envie de faire un copié collé de ton texte et l’envoyer à mes meilleures amies. Je ressens chaque phrase que tu as écrites. D’ailleurs, c’est décidé,je n’y vais pas au dîner de Noel entre potes -c’est samedi.. Merci beaucoup ça fait un bien fou!

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    • Bienvenue charliewonka33.
      Je ne connais pas ton histoire, mais c’est vrai qu’on est hélas nombreuses à ressentir ce manque, ce goût à rien. Ça va, ça vient. C’est ce qui rend le truc invivable et qui nous fait devenir dingues.
      Dans ces périodes, il est important de s’écouter, se protéger et de privilégier ce qui nous fait du bien. Ne surtout pas se forcer. Laisser le temps au temps. S’autoriser à lâcher prise, à ne pas être parfaite.
      Mais ne pas s’isoler complètement. En ce sens, la blogo fait vraiment du bien, parce qu’elle permet de prendre conscience que nous ne sommes pas seules. Et qui mieux qu’une PMette peut en comprendre une autre ?
      Je te fais des bisous. Garde le cap, garde la petite flamme allumée en toi.

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  6. Merci beaucoup princessepi d’avoir pris le temps de me répondre. Je suis tellement sur la même longueur d’ondes que toi sur le fait de ne pas forcer, de ne pas être parfaite.. je l’ai envoyé ton texte à ma meilleure amie, elle m’a répondu -c’est très triste.. elle ne peut pas me comprendre et je ne peux pas lui en vouloir. La petite flamme est très petite en ce moment mais tu as raison je vais tout faire pour l’attiser. bisette

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    • Je comprends ton désarroi :je rencontre également des difficultés avec ma meilleure amie… Elle est toujours là pour moi, mais je n’arrive pas à trouver du réconfort auprès d’elle.
      Au début, je me disais qu’elle ne pouvait pas comprendre sûrement à cause de son « jeune » âge (elle a 5 ans de moins que moi).
      Elle vient de finir médecine et elle a fait une bonne partie de son externat en hôpital, en gynécologie. Elle a assisté à des ponctions, des inséminations, des transferts…
      Je me disais que ça l’aiderait à comprendre. Mais non. Elle est toujours à côté de la plaque, ne mesure pas ma peine. Pire, son côté « corps médical » lui donne des réflexes « les-médecines-alternatives-ça-sert-à-rien » et « les-psychologues-sont-des-imposteurs-seuls-les-psychiatres-sont-compétents » qui m’agacent.
      Bref.

      C’est difficile, parce que justement, on voudrait que ce soit les personnes qui nous sont chères, les proches, qui nous comprennent le mieux. Mais ce n’est hélas pas aussi simple.
      Je crois juste qu’il faut savoir s’entourer et surtout admettre d’emblée qu’on ne trouvera pas du réconfort chez tout le monde.

      Et se dire que certes on est différentes, mais que c’est cette différence, justement, qui nous rend plus forte (là tout de suite maintenant, tu as sans doute du mal à y croire, mais je t’assure !)

      Courage, veille sur ta petite flamme.
      Bisous.

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