Ecrire à son député

J’avais interpelé ma députée via twitter (1ère circonscription de Vaucluse), mais, comme ça n’avait pas trop l’air d’être son truc (son dernier tweet datant de mai 2015), j’ai préféré assurer le steak et lui écrire. J’avoue que j’étais un peu émue en rédigeant ma lettre, et un peu impressionnée en la déposant dans sa boîte hier soir…

Tout à l’heure, je prends le train pour Lyon, chez mes parents. Du coup, ce matin, j’ai préparé une autre lettre que ma maman remettra à son député (10ème circonscription du Rhône). Elle le connaît personnellement, ça valait pas le coup de s’en priver.

Merci à Miliette, à Plume et bien entendu à BAMP! pour le plagiat l’inspiration.

Allez les filles, on est solidaires. Ça prend pas longtemps et, si ça ne changera pas le monde, je suis convaincue que c’est grâce à des petites actions comme ça qu’un jour, l’infertilité ne sera plus taboue.

Écrivez à vos députés bord*l.

Madame la Députée,

Avant tout je vous prie d’excuser le dépôt de ce courrier dans votre boîte aux lettres. Nous sommes quasiment voisines (j’habite chemin *****), et je vous ai souvent croisée en passant dans votre rue. L’occasion était trop belle et le motif trop personnel pour risquer de se perdre dans le circuit de contact officiel. Car je m’adresse à vous aujourd’hui pour partager un moment intime de ma vie.

J’ai 35 ans et j’ai la chance de porter aujourd’hui une petite fille dont la naissance est prévue pour début mars 2016.

Ce bébé est le fruit d’une Fécondation In Vitro et d’un véritable parcours du combattant. 7 ans d’essais, d’échecs et de faux départs, 7 ans d’attente, dont 2 ans et demi de traitements : 4 inséminations artificielles, 3 FIV et 2 transferts d’embryons ont été nécessaires pour porter aujourd’hui cet espoir, cette petite fille, citoyenne de demain, à qui, mon mari et moi, souhaitons transmettre de belles valeurs.

Nous vivons chaque jour de ma grossesse comme une victoire et un cadeau, conscients de la chance inouïe que nous avons de faire peut-être partie, dans quelques mois, des 50% (seulement) de couples infertiles qui, grâce à des équipes médicales et à notre système de protection sociale, sortent de ce parcours d’Assistance Médicale à la Procréation avec un enfant dans les bras.

Je ne sais pas si vous connaissez ou si vous pouvez imaginer la peine que l’on ressent le jour où l’on comprend que peut-être, on ne pourra jamais devenir parent, alors qu’on le désire au plus profond de notre être depuis plusieurs années déjà. Le jour où, ce qui est censé être le plus naturel du monde devient un combat quotidien. Le jour où l’on se sent puni, privé de plus beau cadeau que la vie peut offrir.

Avant de réussir à porter l’espoir en moi, il a fallu demander à la Sécurité Sociale (et encore, j’ai conscience que c’est une immense chance d’avoir pu en bénéficier) le droit de simplement ESSAYER d’avoir un enfant.

Il a fallu subir de nombreux examens médicaux invasifs, douloureux, humiliants et parfois bien coûteux malgré tout.

Il a fallu subir les remarques des « bien-pensants » sur l’infertilité et les enfants conçus grâce à l’Assistance Médicale à la Procréation.

Et il a fallu développer des trésors d’ingéniosité pour cacher ma situation à mon employeur. Car oui, c’est un peu de cela dont il s’agit, Madame.

Lorsque j’ai commencé mon premier protocole d’AMP en janvier 2013, je travaillais à Aix-en-Provence, pour le même employeur depuis 5 ans. Malgré les allers-retours quotidiens depuis Avignon, j’avais un travail qui me plaisait et des perspectives d’évolution importantes.

Par crainte que la perspective d’une grossesse ne constitue, aux yeux de mon employeur, un frein à ma carrière, pour ne pas susciter de la pitié auprès de ma hiérarchie et sans doute aussi par « honte » de ne pas arriver à procréer naturellement, j’ai préféré taire le parcours d’AMP dans lequel j’étais engagée. Malgré cela, ma vie professionnelle a considérablement changé.

Il faut savoir qu’un protocole d’IAC ou de FIV nécessite des injections quotidiennes d’hormones à heures fixes (parfois avec l’aide d’un infirmier à domicile), une surveillance médicale toutes les 48h, avec des rendez-vous aux aurores au centre AMP pour des surveillances échographiques et des prises de sang, aux heures imposées par l’institution médicale et auxquelles on ne peut déroger. Et ce, parfois pendant plusieurs semaines. Dans le cas des FIV, il faut ajouter l’hospitalisation nécessaire à la ponction ovocytaire, les complications qui en découlent parfois et entraînent alors un alitement de plusieurs jours, puis le transfert d’embryon, quand il peut avoir lieu.

Malgré tout, il faut faire le maximum pour assurer professionnellement : arriver à l’heure au travail ; poser des congés à la dernière minute lorsque le planning professionnel est incompatible avec le protocole AMP ; voire, si le solde de congés est épuisé, si l’employeur n’accepte pas le congé impromptu ou si un déplacement professionnel venait à « tomber » en plein protocole, se « résoudre » à un arrêt de travail. Sans oublier de se cacher sur son lieu de travail pour passer des coups de fils et parler utérus, embryons ou spermogramme avec son centre AMP.

Au bout d’un an et demi de protocole AMP, mes retards, mes absences, mes arrêts de travail, mes refus de déplacements, mes congés pris en dernière minute m’ont classée dans la catégorie des « employés peu fiables » et de fait, je n’ai pas tardé à être « placardisée ».

A la culpabilité de ne pas arriver à procréer s’est alors ajoutée la culpabilité d’être la responsable du « sabotage » de ma propre carrière professionnelle. Impossible de rectifier le tir sans m’investir plus professionnellement, impossible de m’investir plus professionnellement avec ce protocole d’AMP. Face à ce dilemme, à 34 ans, fatiguée par 2 années de traitements, urgentée par mon âge et le nombre de tentatives restantes, j’ai donc pris la difficile décision de quitter mon emploi pour prioriser notre volonté de fonder une famille, et ce, sans aucune garantie de résultat. Hasard ou coïncidence, c’est la FIV suivante qui nous a permis d’obtenir mon actuelle grossesse.

Dans une vie idéale, j’aurais préféré ne pas avoir à mettre entre parenthèse ma carrière professionnelle afin de me donner toutes les chances de devenir mère. Nous subissons notre infertilité, et croyez-moi, cette peine se suffit à elle-même.

Aujourd’hui, j’apprends qu’un amendement proposé et voté par le Sénat, entrant dans le projet de Loi de Modernisation du Système de Santé, permettrait aux femmes en parcours d’AMP d’être enfin aussi bien protégées que les donneuses d’ovocytes (article L. 1244-5 du Code de la Santé Publique). Même si je regrette que nos maris et compagnons soient visiblement oubliés par cet amendement, alors qu’ils sont eux aussi concernés par les rendez-vous médicaux et les examens, je me réjouis de cette avancée qui améliorerait grandement le quotidien des femmes en protocole AMP.

Il s’agit de mon histoire (très) personnelle, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’infertilité est loin d’être marginale puisqu’elle concerne un couple sur six. Il s’agit des citoyens d’aujourd’hui et de demain, il s’agit de discrimination, de santé publique, de notre avenir.

Aussi, c’est très sincèrement que j’espère votre soutien à notre cause lors du vote de cet amendement à l’Assemblée Nationale.

En vous remerciant de l’attention que vous avez bien voulu porter à mon courrier et restant à votre disposition pour tout renseignement complémentaire, je vous prie d’agréer, Madame la Députée, l’expression de ma considération distinguée.

PrincessePi
adresse + téléphone + email

PJ : 1 – Projet de loi proposé par le collectif BAMP! concernant la protection des patients d’AMP.

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21 réflexions sur “Ecrire à son député

  1. Ouaouh ! Chapeau, très belle lettre. Mais pourquoi ça me fait chialer ces résumés de parcours ? Pourquoi c’est si dur ?
    Je réalise chaque fois la chance que j’ai eue de concevoir ma fille :
    – sans FIV
    – pendant un congé sabbatique de luxe à l’étranger
    – avec un suivi individuel par ma gynéco Dubaiote et non en centre AMP

    Bravo, j’espère que tu auras vite une réponse.

    Aimé par 1 personne

    • Oh merci madameOurse, et moi qui croyais que c’étaient les hormones qui m’avaient fait chouiner un peu ^^, je suis désolée de t’avoir fait chialer 😘
      Je ne sais pas si j’aurais une réponse (je suis même prête à la rencontrer 💪!) Mais je suis bien contente de l’avoir fait en tout cas : j’ai l’impression d’avoir accompli un devoir citoyen 😊.
      Plein de bisous

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  2. Bravo bravo !!!
    Mais dis, faut pas se satisfaire de faire voter ce seul amendement, faut bien lui expliquer si tu la vois que ce serait bien de l’étendre aux hommes par exemple… et de protéger les salariés en parcours PMA, de faire en sorte que l’employeur soit au courant et renouer ainsi le dialogue. Tout le monde y gagne : l’entreprise aura des salariés plus investis car pas obligés de se cacher, et les salariés seront moins stressés par la difficile conjugaison travail/PMA.

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    • J’ai évoqué les hommes, j’ai joint le doc de BAMP, mais c’est vrai que je n’ai pas voulu en faire trop au risque de la « perdre » (déjà qu’elle est loooongue, ma lettre 😕 et que c’est une petite mamina, ma députée ).

      Après, je sais pertinemment que quel que soit l’amendement ou la loi, les choses ne changeront pas du jour au lendemain en entreprise. Je bossais pour une grosse boîte du CAC40, et rien que la grossesse est toujours un frein à l’évolution professionnelle, imagine si tu avoues une AMP (et potentiellement des années de « problèmes » pour l’employeur)…
      Toutefois, il faut passer par des petites étapes comme celles là pour faire bouger les lignes.

      Je ne sais pas si je la verrai, ni même si j’aurais une réponse, mais promis le cas échéant j’en rajouterai une couche (quoi que je n’ai sans doute pas ton talent naturel d’oratrice 🙊)

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      • Je n’ai aucun talent, je te rassure 😉 je suis bien d’accord avec toi pour le reste. Moi meme, je ne pouvais en parler à mes anciens boss car mon contrat pouvait se rompre sans motif (on n’est pas soumis au droit du travail…). Mais comme tu dis, petit à petit l’idée fait son nid et les choses avancent.
        C’est juste que j’en veux toujours plus 🙊

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